Forum Créole !


sov nout kiltir rénioné...
De : zesclav lo blan
Email : upcr@hotmail.fr
Pays : réunion
Date : 23 May 2006



La langue créole fait de nous des créoles réunionnais

[9 février 2006] article JIR. courrier des lecteurs


Réunionnais et réunionnaises, il est grand temps de vous dire ouvertement et franchement les choses. Vous parlez une langue depuis votre naissance, une langue que beaucoup ont, durant des années, caractérisée comme un patois. Et que vous dire, ils ont réussi mes frères et sœurs ! Aujourd’hui, regardons en face la réalité. Bon nombre d’entre vous, sans vous en rendre compte, vous dénigrez tous les jours un peu plus votre langue créole, votre patrimoine culturel et historique. Cette richesse du langage est en train de disparaître devant nous et nous laissons faire, comme si cela n’était pas important et utile. Le créole est une langue, comment faudra-t-il vous le dire mes amis ? Combien de spécialistes de la langue devront faire de rapports pour vous convaincre ? J’ose le dire aujourd’hui, Réunionnais et Réunionnaises, vous êtes, pour une bonne partie, des hypocrites, des lâches et des insoucieux. Nous ne sommes et ne serons jamais un peuple, nous sommes bien trop divisés, nous ne sommes même pas d’accord sur notre propre langue maternelle. Est-il concevable de rejeter ce qui fait de nous, précisément, des créoles réunionnais ? Quand on vous parle du créole, certains parents à l’esprit fermé et “enchaîné”, pensent, tout de suite, que cela va nuire à notre société, à l’épanouissement de nos enfants... Ceux-ci réussiront tellement mieux sans parler ce patois qui parasite la bonne compréhension et l’apprentissage du français. Quels esprits tourmentés par la peur et la paranoïa ! Combien d’entre vous pensent de cette manière ? La langue créole n’est ni vulgaire, ni inutile et n’est sûrement pas un obstacle à l’apprentissage du français. C’est une sottise de le croire, les deux langues sont complémentaires. La langue créole, réunionnais et réunionnaises, n’est pas la cause de vos échecs professionnels ! La cause est à chercher ailleurs dans la société ! A ces parents qui ont peur de laisser leurs enfants parler le créole, je leur dis, vous êtes des “marionnettes”. On vous a programmés mentalement pour critiquer et rejeter ce qui nous rend différents des autres, ce qui nous rend Réunionnais. Soyons logique un instant, depuis quand être bilingue est sans intérêt ? Vous êtes des créoles réunionnais, en grande partie, parce que vous parlez le créole. Sans cette langue, vous êtes quoi ou plutôt qui ? Vous n’êtes plus rien, du moins plus grand-chose de créole. Vous devenez anonyme et sans identité, si ce n’est celle d’être français sur le papier. Mais croyez-vous réellement être des Français à 100 % ? l’inertie gouvernementale face à l’épidémie du chikungunya n’est-elle pas la preuve que nous ne sommes pas considérés comme des vrais français ! Si une telle épidémie s’était infiltrée en métropole, pensez-vous que le gouvernement aurait pris autant de temps pour réagir, et sortir les grands moyens. Réunionnais, vous rêvez toujours, pourquoi chercher à être ce que nous ne sommes pas ? surtout, pourquoi rejeter ce que nous sommes ? Pourquoi avoir honte de notre langue régionale ? Nous n’avons ni éclats, ni richesses pour la France, nous sommes des assistés, des subventionnés, des “mendiants de luxe”, ne l’oubliez pas. Notre richesse n’est pas un métal précieux, notre richesse est culturelle, notre langue créole est le trésor de l’île. Cessons dès aujourd’hui de la mettre de côté, de la négliger. Où est passée notre fierté ? Je vais vous le dire, notre fierté, elle disparaît toute l’année, pour réapparaître furtivement le 20 décembre. Vous êtes devenus des folkloristes, Réunionnais et Réunionnaises. Vous vous croyez plus raisonnables aujourd’hui, mais vous êtes devenu des inconscients. Demain, lorsque nous ne serons plus réellement des créoles, lorsque nous parlerons le français seul, comme le veulent les parents d’aujourd’hui, vous vous rendrez peut-être compte de votre erreur. Il sera alors inutile de pleurer, car la mort d’une langue, comme pour les êtres vivants, n’est en aucune manière réversible...

Zesclav lo Blan


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