Forum Créole !


Oté la Réunion, où sa nou sava ?
De : quissaoulé
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Date : 1 Dec 2000


Oté la Réunion, où sa nou sava ?
Il fut un temps, l'assemblée unique,
Hier, le Congrès, la Bidep,
Aujourd'hui, le Kapès créol. Et demain, quo ça y guette à nous ? Coupe, koup pas ?
Et au jeu du "pour" et du "contre", la Réunion glisse de plus en plus vers le chemin de la discorde et de la division.
Créoles réunionnais, si nu bouge pas, où sa nou sava ? Le moment lé venu, allé ! Lève la tête, rouve not z'yeux !
Jordi "décideurs" y cause, zot y veut chang'ment, lé bien ! Mais personne y dit vraiment sak zot y veut faire, où zot y veut emmène à nou. Pourtant zot y connaît ; coméla, "y trouv encore créols vilains mais y trouve moins créol c...".
Réunionnais la grandi, nu peut comprendre, alors explique, té, explique à nou toute, après na voir si lé bon po nou'.
La dernière trouvaille po achève met de l'huile su l'feu c'est ce Kapès kréol. Co seq ça, po quoi faire, pour qui ? Comme personne la compris à quoi y va servir, tout le monde y met zot grain de sel à tort ou à raison et bien sûr "baisement y pète". Mais peut-être est-ce là le but de la manuvre ?
Aussi, comme "la langue na point le zo", allons dire sak nu pense.
Si c'est, avec la bénédiction de notre Lang de ministre, permettre à quelques "esprits péi" de promouvoir "en missouk" un certain créole (avec un K ou pas) à l'école comme langue officelle, si c'est obliger toute une génération à vivre l'expérience comme cobayes (on a connu ça avec les maths modernes) alors, de grâce, ne laissons pas ces "penseurs" assouvir leurs sombres desseins.
Demandons-nous réellement si cette nouvelle langue créole sera un atout de développement pour notre département, si elle permettra à nos enfants de s'épanouir complètement dans un monde de mobilité, si elle leur donnera une chance supplémentaire pour l'accès aux concours et aux examens...
Demandons-nous réellement quel avenir nous réservons à un jeune Kréol qui ne saura que parlé, lir et zécrir le kréol.
Ne va-t-on pas au contraire accentuer une culture à deux vitesses, l'une réservée à une poignée de privilégiés et l'autre promise à la grande masse populaire ?
Alors, au lieu de toute cette agitation, ne serait-il pas plus judicieux de mettre toute cette énergie à faire pression pour lutter contre les mauvaises conditions d'accueil et de travail, le manque de moyens financiers, le sous-équipement des classes, le manque d'instituteurs et de professeurs, la pénurie de crèches, la pauvreté des structures pour enfants présentants des handicaps ?
Ne serait-il pas plus judicieux de consolider l'existant et de refaire de l'école une priorité au lieu de ramener notre identité uniquement à une question de langue ? Car notre identité est en nous, dans notre passé, dans notre présent. Elle s'inscrit dans notre sensibilité, elle est intérieure.
Si, au contraire, mettre l'accent sur le créole, c'est prendre en compte la culture créolophone de l'enfant, c'est revendiquer pour un meilleur accueil dès son entrée à l'école, c'est accepter, dès le primaire, que l'enfant s'exprime avec son langage, c'est exiger que les professeurs qui viennent enseigner à la Réunion soient sensibilisés au créole afin de mieux comprendre leurs élèves, c'est promouvoir les textes locaux dans l'enseignement du français, mettre à la portée de tous un dictionnaire d'expressions créoles, c'est découvrir notre histoire, notre géograpie, c'est jouer notre musique, chanter notre folklore, raconter nos zistoirs lontan, c'est fêter Gran mère Kal, alors là, pourqoui pas ?
Voilà peut-être matière à fédérer toutes les énergies, voilà matière à rassembler.
Pourquoi à tout prix vouloir uniformiser notre langue, qui existe dans sa diversité (créole des hauts, créole des bas, créole de Saint-Denis, des hauts de la Saline, de la Plaine-des-Cafres, de Salazie, de l'Entre-Deux, de Saintre-Rose, etc.) ?
Quel paradoxe de voir ceux qui, soi-disant, revendiquent plus de liberté, plus de reconnaissance de nos spécificités, plus de droit à la différence, vouloir aujourd'hui imposer à tous, le même "zembrokal kiltir" !
Le combat légitime pour asseoir notre identité, nous pouvons le mener avec nos mots, nos expressions, notre intonation, nos acquis, tout ce vécu que nos parents et nos grands-parents nous ont transmis. Nous n'avons plus à faire de complexe devant quiconque, nous sommes nous. "Nou lé pas plus, nous lé pas moins !"
Notre île offre encore aujourd'hui à tous le charme de ses contrastes; races, religions, paysages, micro-climats, elle vit au rythme de son parler aux sonorités multiples. Alors, veillons par nos actes à ne pas casser cette belle harmonie en nous montant les uns contre les autres pour que nous puissions toujours crier : "Réunion, j'aime ton nom !"



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