Forum Créole !


méné N°1: Nou lé ek lo Mouvman po lo Réspé Lidantité Kiltirel Rényoné
De : SINTOMER
Email : stomer@oceanes.fr
Pays : Larényon
Date : 24 Sep 1999


MOUVEMENT POUR LE RESPECT DE L'IDENTITE CULTURELLE REUNIONNAISE
MOUVMAN PO LO RESPE LIDANTITE KILTIREL RENYONE
B.P 22 97427 ETANG SALE
Fax 02
62 91 40 51

Lettre ouverte à Madame Ségolène Royal
Ministre déléguée chargée de l'Enseignement scolaire


" Forclore la langue maternelle, c'est forclore le savoir et faire un
débile. Accueillir un enfant en maternelle dans sa langue maternelle c'est
la norme "
Ainsi s'exprimait dans un débat consacré aux droits de l'enfant, deux
semaines avant votre courte excursion à la Réunion, le Président du Collège
de psychopathologie de l'Océan indien. Combien de chercheurs, de
psychologues, de pédagogues, de militants … ont avant lui mis en exergue le
rôle fondamental joué par le langage dans la structuration, la construction
et le développement de la pensée ? Combien de colloques, de travaux,
d'études, de mémoires… ont souligné l'importance capitale de la langue
maternelle dans le développement psycho-cognitif de l'enfant ?… Nous ne
vous ferons pas ici l'injure de vous renvoyer à quelques ouvrages
théoriques sur la question sociolinguistique car nous sommes bien persuadés
que le refus du Gouvernement auquel vous appartenez de reconnaître le
créole comme langue régionale est fondé sur des considérations tout à fait
étrangères à l'intérêt supérieur de l'enfant réunionnais.
Sans doute nous direz-vous un jour, lorsque nous paierons au prix fort les
conséquences de ce véritable "massacre pédagogique", que vous n'avez pas
été informée de la réalité de la situation dans notre pays. Il est vrai que
s'il fallait compter sur nos experts locaux, toutes catégories confondues,
pour vous alerter, nous serions bien en reste : la vie aux colonies, tous
avantages acquis, a des vertus émollientes pour l'esprit critique et
conduit irrémédiablement à une certaine forme de "tropicalisation " de la
pensée. A quelques rares exceptions près, l'on préfère ne pas porter
atteinte à l'ordre établi ou gérer sa carrière, quitte à se libérer la
conscience la veille d'un départ à la retraite ou quand l'on " rentre
définitivement en Métropole ".
Permettez-moi donc, Madame la Ministre, dans une langue qui n'est pas de
bois, de revenir sur quelques réflexions - peu éloignées des lieux communs
ressassés ad nauseum dans notre pays ! - entendues lors de la réunion "de
travail" à laquelle le nouveau Recteur de la Réunion, dont il faut ici
saluer l'initiative, nous avait conviés le 16 juillet dernier.


Concernant l'application de la loi Deixonne à la Réunion, vous avez tout
d'abord déclaré " qu'il n'est pas question d'imposer une loi d'en haut…il
faut l'adapter… ". Faut-il vous rappeler que, selon les termes de ladite
loi, l'enseignement de la langue et de la culture régionales est
facultatif, qu'il repose sur le volontariat des élèves et des enseignants
et relève en conséquence de la liberté de choix des parents ? Par ailleurs,
s'il est vrai que ce dispositif doit être ultérieurement adapté aux pays
d'Outre-Mer, où le créole est la langue majoritaire et le français langue
seconde non étrangère, nous faisons nôtre la conclusion de Monsieur Bernard
CERQUIGLINI, qui dans son rapport sur les Langues de France estimait que "
la loi Deixonne, et les possibilités offertes depuis, constituent un
excellent cadre de travail…qu'il conviendrait sans doute de réactualiser… "
Ne serait-il pas plus urgent, puisque vous parlez d'adaptation d'ouvrir
avec tous les partenaires institutionnels et associatifs concernés une
réflexion en profondeur pour refonder un système éducatif dont l'efficience
est plus que douteuse et ce, malgré les centaines de millions de francs
injectés en ressources humaines et matérielles.


Etang Salé, le 21 septembre 1999

M.CROCHET
Mouvman po lo Respé Lidantité Kiltirel Rényoné
F.SINTOMER
Mouvman Lantant Koudmin
Courrier électronique : mickael.crochet@wanadoo.fr




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